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 Un amour san espoir par Cibard

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Ygraïn
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MessageSujet: Un amour san espoir par Cibard   Lun 1 Mai - 17:48


Un amour sans espoir
par Cibard



Le genre: Etat d'âme, Romance

Les personnages concernés: Charlie essentiellement

Etat: Complet

Longueur: Environ 10 pages word

Résumé: Charlie nous confie ses états d'âme et surtout ses sentiments enver elle qu'il croise tous les jours ou presque....

Les avertissements: Tout public.

Note:

Copyright: Les personnages de Largo Winch ne m'appartiennent évidemment pas, mais appartiennent à Van Hamme (et sans doute Dupuis est les divers participants de la coproduction pour la série et le personnage de Joy).

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Ygraïn
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MessageSujet: Re: Un amour san espoir par Cibard   Lun 1 Mai - 17:49


Un amour sans espoir
par Cibard



Salut. Enfin bonjour. Enfin… Enfin je ne sais pas trop, en fait. Je n’ai jamais fait ça, avant. Je me trouve parfaitement grotesque d’ailleurs. Je crois que je vais brûler tout ça dès demain matin. Parce que demain ça ira mieux, je le sais. J’aurai dormi, j’aurai digéré. Enfin j’espère. Ce sera dur, mais… Digérer, oui, c’est ça. Il faut juste que ça passe. Que je ne sois plus obsédé par ça. Ni par elle. Demain, ça ira mieux. Il faut que je dorme, c’est tout. Mais là, tout de suite, je ne réussirai pas à fermer l’œil, quand bien même je le voudrais.

Parce que là tout de suite, ça ne va pas du tout.

Il faut que je lui parle. Il aurait fallu que je lui parle bien avant ce soir, d’ailleurs. J’aurais dû tout lui dire depuis longtemps. Maintenant, il est sans doute trop tard. Pourtant il faut que je le fasse. Il faut que je lui parle… Mais voilà : je ne suis pas le plus courageux des hommes (les hommes sont des lâches, me dirait d’ailleurs ma sœur). Bref. Comme je suis peut-être effectivement un peu lâche, je ne lui ai rien dit, durant toutes ces années. J’ai gardé pour moi ce que je ressentais. Quel crétin je suis !

Parce que maintenant, tout s’est envolé. Définitivement. Il ne reste plus rien, plus d’espoir. Le néant.

Et me voilà, pathétique à souhait, à écrire mes états d’âmes sur ce vieux cahier d’écolier que je viens de dénicher au fond du tiroir de mon bureau. Une vraie midinette ! Si jamais ma sœur l’apprend, je suis bon pour en entendre parler jusqu’à la fin de mes jours.

Mais bon. Elle n’en saura rien. Jamais. Je brûlerai ce cahier demain matin.

Et puis quoi ! Elle n’avait qu’à être là, ma sœur, justement ! Hein, Ann ? Où es-tu, là ? C’est bien joli de te moquer de moi, de me chambrer à tout bout de champ sur mes amours impossibles, mais là ce soir, j’ai besoin de toi ! J’ai besoin de parler, de me confier, de tout raconter. D’avouer que oui c’est vrai, je l’aime à en crever. Et que oui, ce soir je suis désespéré. Parce que je l’aime, Ann. J’ai besoin de le dire, besoin que tu m’écoutes. C’est fait pour ça les sœurs, non ? Pour réconforter les grands frères perdus ? Ça devrait, en tout cas. Mais la mienne, évidemment, elle n’est pas là. Pas joignable. Et moi je me retrouve tout seul comme un idiot, incapable de dormir, à m’épancher avec un vieux bic bleu sur un cahier à grands carreaux. C’est ridicule !

Enfin… Ridicule pour ridicule, allons-y. Quand on fait les choses, autant les faire à fond.

Par quoi commencer ?
Je l’aime.
Non, ce n’est pas ça le début.
C’est la vérité, mais ce n’est pas par ça que tout a commencé.

Le début, c’est Charles. Le petit Charlie, comme disait ma grand-mère. Aujourd’hui c’est devenu Charles. Sauf au boulot, où sans que je sache trop pourquoi, ils m’appellent tous Charlie. Je crois que c’est le vieux Nério qui m’avait donné ce sobriquet. Et depuis c’est resté. Pour tout le monde au Groupe W, je suis devenu Charlie.

Mais avant le Charlie du Groupe W, celui qui est toujours là mais qu’on ne voit jamais, l’homme de la limousine, avant ce Charlie là il y en a eu un autre. Un jeune homme qui n’aurait jamais toléré qu’on l’appelle Charlie, d’ailleurs.

Avant, il y avait Charles Jones. C’est moi. Mais le moi d’avant Elle. Et ce Charles là était différent de celui d’aujourd’hui. Très différent, même.

A l’époque j’étais étudiant, et ça ne rigolait pas. J’étais super motivé. Je me voyais déjà avocat. Un ténor du Barreau, fervent défenseur de la veuve et de l’orphelin. Comme dans les séries télé : le type super finaud qui comprend tout mieux que la police, qui interroge les témoins de façon magistrale, qui fait trembler tous les procureurs, et que les juges admirent. Un super Perry Mason, en quelque sorte. C’était ça ce que je voulais, ce à quoi j’aspirais. J’avais les dents longues, et je voulais y arriver.

Alors j’ai mis tout en œuvre pour y arriver effectivement. Pour payer l’Université, j’ai fait quelques emprunts. J’ai tapé sans vergogne mes parents et mes grands-parents ; ils ont casqué sans rechigner. Ils me faisaient confiance. Le petit Charlie et ses projets d’avenir, le petit Charlie et son ambition dévorante… Il faut dire qu’à m’écouter parler je serai le meilleur, j’allais être connu à l’échelle du pays entier, je roulerai sur l’or…

J’étais un jeune con, quoi.
Maintenant je suis un con trentenaire.
C’est différent.

Bon, je m’égare. J’étais dévoré d’ambition, donc. Je crois d’ailleurs que je l’ai déjà dit. Mais c’est une réalité. Je bouillais, je voulais réussir. J’étais avide. Je voulais être reconnu pour mes mérites, que je ne doutais pas un seul instant d’être incomparables. J’étais sûr de moi, rien ni personne ne m’arrêterait. Je serai Maître Charles Jones, le plus génial avocat de toute la côte Est depuis des décennies. Le reste, je pensais que ça suivrait : dans mon délire, j’étais persuadé qu’un avocat brillant trouvait forcément la femme de ses rêves. Je ne crois pas qu’on n’ait jamais vu la femme de Perry Mason, mais dans mon esprit elle était forcément parée de toutes les qualités.

Seule ombre à ce tableau enthousiaste de mon avenir, j’étais fauché comme les blés. C’est que les Etats-Unis sont peut-être le pays de la liberté, mais pour suivre un enseignement universitaire si on n’est pas le fils de Crésus, c’est nettement plus compliqué qu’ailleurs. Il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Et moi évidemment, pour compliquer encore un peu plus les choses, je ne voulais pas de n’importe quelle Université. Je voulais la plus prestigieuse, c'est-à-dire aussi la plus chère. Et comme j’avais un excellent dossier, je pouvais y prétendre effectivement. Il suffisait de trouver les fonds. Quelques dizaines de milliers de dollars par an. Trois fois rien, quand on ne voit que l’objectif ! Aveuglé par mes projets, j’ai donc foncé tête baissée.

Mais au bout de deux années, il a bien fallu que je mette la main à la pâte. Les parents ont certes un très bon niveau de vie, mais pas à ce point, quand même. Ils avaient déjà déboursé des sommes folles pour moi, et ma sœur arrivait à un âge où elle aussi prétendait suivre des cours à l’Université. Ils ne pouvaient pas tout financer. Logique. D’autant qu’ils s’étaient déjà saigné aux quatre veines pour moi. Papa a fait sa carrière dans l’armée. Il était bien payé certes, mais le problème, c’est que depuis que le jus in bello est venu expliquer qu’une troupe qui gagne une bataille ne doit pas pour autant tout piller pour rémunérer ses soldats, on ne fait plus fortune dans les armées. Et effectivement Papa n’a pas fait fortune. Il a banqué autant que possible pour Ann et moi, mais il n’avait pas de planche à billets chez lui. J’ai fait deux ans de droit, mais là il était trop étranglé pour m’offrir une troisième année gratis pro deo.

Alors j’ai voulu trouver du boulot, pour ne pas abandonner en si bon chemin. Je serai le célèbre Maître Jones, je n’en démordais pas. Et mes résultats étaient assez bons pour ne pas me remettre en cause dans mes convictions les plus profondes.

Il me fallait trouver un boulot, donc. Mais pas n’importe quoi, évidemment. Moi, vendre des hot-dogs dans Central Park ou faire la plonge dans une pizzeria de seconde zone, ce n’était pas mon truc. Je voulais quelque chose qui me permettrait de conserver le nez dans mes bouquins. Oui je sais, pas évident, ça. Et effectivement je n’ai pas trouvé. Pas tout de suite, du moins.

La première année, j’ai déniché un poste dans un prestigieux Cabinet d’avocats. J’étais aux anges. Je pensais nouer des contacts utiles, apprendre des tonnes de choses, compléter mes cours par une pratique inégalable… Tu parles ! J’ai été exploité, comme tout étudiant acculé par les échéances bancaires et universitaires. Le salaire était à peu près décent, mais j’étais coincé à faire de la paperasse sans intérêt huit heures par jour. Moralité : je n’ai pas pu suivre les cours de ma troisième année de fac, et je me suis planté comme une grosse vache le jour des exams. C’était un très mauvais plan, en définitive. Une sacrée claque à mon orgueil.

Adieu le Cabinet, donc. Il m’a fallu chercher ailleurs.

J’ai passé un an à galérer, errant de petits boulots en petits boulots. J’avais besoin d’argent pour m’inscrire à nouveau à l’Université. Et une fois que j’aurai réuni cet argent, j’étais conscient de ce que j’aurai encore besoin de temps pour suivre ma scolarité. Autant dire que le défi n’était pas facile à relever.

Et puis enfin, j’ai fini par trouver un boulot un peu plus stable et plus conciliable avec mes objectifs. C’était il y a six ou sept ans, maintenant. Un sacré bail ! Surtout pour ce qui ne devait être qu’un job alimentaire le temps de boucler la fac. Mais finalement, le boulot m’a plu. C’est que c’est assez sympa de conduire une luxueuse limousine par monts et par vaux ou d’assister à des soirées ultra huppées, même si on reste à la porte. Et puis on croise des gens intéressants même si eux ne nous voient pas. C’est qu’avec le vieux Nério, il y a un sacré gratin qui est passé dans ma voiture ! Finalement j’aimais ce que je faisais. J’aimais voir ces hommes affairés, ces femmes élégantes, ces secrétaires affolées. J’aimais me sentir important parce que je conduisais tout ce petit monde. C’était totalement débile, oui, je sais. Mais j’aimais bien malgré tout. J’étais jeune.

Cela dit je n’ai pas tout abandonné. J’ai quand même fini mon droit. Ce n’était pas facile, parce que je ne pouvais pas suivre tous les cours. Et puis le vieux Nério était un peu pingre sur les bords, et le salaire n’avait rien de mirobolant. Correct certes, mais pas de quoi fouetter un chat non plus. Il a fallu que je prenne deux ans pour réunir les fonds et enfin m’inscrire en dernière année. Mais malgré tout, j’ai fini par obtenir mon fameux diplôme, celui qui m’avait tant fait rêvé, celui qui m’avait conduit à entrer au Groupe W.

Oui, incroyable n’est-ce pas ? Je suis avocat. J’ai même pu m’inscrire au Barreau de New York…

Mais je n’ai jamais exercé. Au lieu de faire des effets de manche dans un prétoire, je conduis une limousine. J’ai perdu le feu sacré, en réalité. Ce que j’ai vu ne m’a pas attiré outre mesure. Ce que j’ai découvert durant mes stages, ce n’était pas du tout ce que j’espérais. J’ai surtout vu des avocats pinailler sur une virgule dans un contrat, ou bien mettre en doute la parole de gens dont l’innocence me paraissait pourtant évidente, ou encore voir comment on pouvait contourner la règle de droit en exhumant une vieille jurisprudence totalement oubliée. Ce n’était pas la vision que j’avais du Barreau. Moi j’avais toujours cru que c’était une sorte de sacerdoce. J’avais oublié que l’essentiel du boulot n’est pas constitué par des affaires passionnantes ; j’avais occulté le fait que ce n’est pas toujours l’innocent que l’on doit défendre. J’avais été trompé par ma naïveté. Quel imbécile !

Moralité, tout diplômé que je sois, je n’étais pas vraiment motivé pour trouver une collaboration dans un Cabinet. Je revoyais régulièrement des copains de première année. Ils étaient installés depuis quelques temps déjà, et la plupart bossaient comme des fous sur des affaires parfois très contestables. Pour être sincère, ce qu’ils me racontaient ne m’incitait pas vraiment à chercher activement à intégrer ce milieu là. Certes j’aurais pu faire jouer des relations pour dénicher quelque chose, mais je ne l’ai pas fait. J’ai laissé filer, désabusé.

Ça a même été assez loin. Au fond de moi, je n’avais pas envie de trouver quoi que ce soit. Je voulais rester au service de Winch. Je voulais continuer à rencontrer des gens. Et surtout je voulais la revoir, elle. Si je quittais mon job de chauffeur, je risquais de la perdre. Ne plus la voir. Ça me paraissait intolérable. Ça l’est toujours, d’ailleurs.

Alors pour éviter tout malentendu, je n’ai jamais dit à personne au Groupe W que j’étais avocat. Le vieux Nério n’en a jamais rien su. Cela étant, je ne sais pas s’il a un jour remarqué que j’existais, que j’étais une entité autonome par rapport à la voiture. Je crois qu’il nous considérait un peu du même œil, la limousine et moi : quelque chose d’utilitaire et d’indispensable. Il a peut-être pensé que j’étais un accessoire vendu avec la voiture. Une option, en quelque sorte.

En fait, le vieux Nério avait une façon d’être assez… spéciale, disons. Un sacré bonhomme, c’est sûr. Il était très doué dans les affaires, je ne dis pas le contraire. Mais dans la vie quotidienne, il était très bizarre. Il ne s’intéressait pas aux gens dont la présence lui semblait évidente. Moi par exemple, il lui paraissait évident que je serais là, cintré dans mon costume sombre, à le conduire prudemment partout où il voudrait aller. Alors comme ma présence était naturelle, il ne s’intéressait pas à moi. Je crois que durant les quatre années où j’ai joué au chauffeur pour lui, il ne m’a jamais rien dit d’autre que des adresses. Des adresses de restos, de sièges d’entreprises, des avocats, des politiques, des financiers. J’ai dû le conduire chez tout ce qui compte dans New York et ses environs. Mais lui, il ne m’a jamais rien dit de personnel. Pas un ‘bonjour’, pas un ‘Comment ça va ce matin mon p’tit Charlie ?’. Rien. Nada. Juste : ‘Charlie ? Chez le sénateur Bishop’, ou ‘Hôtel de ville, Charlie’. Jamais rien d’autre. Impressionnant. D’autant qu’il n’était pas désagréable pour autant. Il m’ignorait, c’est tout. Je faisais partie des meubles. Il ne s’intéressait pas plus à moi qu’il ne se serait intéressé à la table basse de son salon. J’étais là, c’est tout. C’était normal.

Mais bon. Il n’a jamais vu en moi que le chauffeur de la limousine. Il aurait peut-être réagi différemment s’il avait vu le jeune loup que j’étais quelques années plus tôt, à l’époque où je voulais triompher du Mal et prononcer des plaidoiries vibrantes devant un jury conquis par ma maestria.

En fait, c’est il y a presque quatre ans maintenant que tout a basculé. Jusque là le boulot me plaisait certes, mais je le voyais comme quelque chose de provisoire. J’étais en dernière année à l’Université. Ce n’était pas facile. Tous ceux qui avaient commencé leurs études en même temps que moi étaient avocats depuis longtemps. Moi je me traînais, peinant à rassembler les fonds pour l’inscription chaque année, jonglant difficilement entre les horaires de Nério et mes propres cours. Lorsque je l’attendais parce qu’il rencontrait quelqu’un, je sortais aussitôt des bouquins ou mes cours, et je me plongeais dedans.

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MessageSujet: Re: Un amour san espoir par Cibard   Lun 1 Mai - 17:50

Pour le quotidien, ce n’était pas luxueux. Tout ce que je pouvais, je le mettais de côté pour la fac. Ma sœur faisait pareil d’ailleurs. Ann s’était lancée dans de longues études de sociologie, et pour payer les droits d’inscription elle faisait des piges pour des journaux. On partageait un minuscule appartement, dans un quartier minable. Mais le loyer n’était pas cher.

En fait on avait une vie de dingue, tous les deux. Et ce n’était pas facile tous les jours. Lorsque j’avais une petite amie ou elle un petit copain par exemple, il fallait qu’on s’arrange : l’appartement était trop exigu pour permettre des ébats sans que l’autre n’en suive par le menu toutes les étapes. Alors on se téléphonait, du genre ‘prends ton temps pour rentrer’, ou bien ‘est-ce que ton pote John ne pourrait pas t’héberger cette nuit’. C’était l’enfer. Ça aurait pu nous fâcher définitivement, mais paradoxalement ça nous a plus soudés que jamais. Ma sœur et moi sommes inséparables, maintenant. Enfin sauf cette nuit, évidemment.

C’est peut-être pour ça que je lui en veux de ne pas être là, d’ailleurs. Nous avons grandi, nous avons mûri. Nos études achevées, nous avons pris deux appartements séparés ; ce fut même la première chose que nous fîmes. Mais nous continuons de nous téléphoner à toute heure du jour et de la nuit, à chaque fois qu’il y a un coup de blues ou au contraire une euphorie irrationnelle. Et là il est quatre heures du matin passées, et elle est injoignable. Elle n’est pas chez elle et son portable me renvoie sur la messagerie. Etant donné l’heure, ça sent la partie de jambes en l’air à plein nez, ça. Je lui en veux. Non pas d’avoir une vie en dehors de moi, évidemment ; mais de ne pas être là pour m’écouter. Je lui en veux de me condamner à écrire ces inepties sur ce stupide cahier, me morfondant tout seul dans mon appartement.

Bon, je m’égare encore une fois. Revenons à l’essentiel : il y a quatre ans. Le mois d’octobre, je crois. Ou septembre ? En tout cas c’était l’automne. J’étais garé en double file devant l’entrée principale de la tour W, attendant comme d’habitude le vieux Nério. Je devais le conduire à l’Hôtel de ville. Il est arrivé, fidèle à lui-même, une pochette de cuir souple sous le bras. Mais il n’était pas seul. Elle était sur ses talons. Le visage fermé, les yeux alertes, la démarche assurée. J’ai eu le coup de foudre. C’est dément je sais. Mais j’ai vraiment eu le coup de foudre.

Pendant quelques minutes, je me suis dit que Nério avait une nouvelle maîtresse. Mais je me suis vite ravisé. Elle avait une attitude trop distante pour être sa maîtresse. Elle est pourtant montée avec lui à l’arrière de la voiture. Elle l’a accompagné dans la mairie. Et je les ai ramenés tous les deux au Groupe W. Elle ne l’avait pas lâché d’une semelle. Néanmoins quelque chose me disait qu’elle n’était pas venue pour son plaisir.

Par la suite, j’ai compris pourquoi elle était venue ce jour là, et pourquoi je l’ai revue très régulièrement depuis. Elle bossait pour le service de sécurité. Aujourd’hui elle continue d’ailleurs. Elle est le garde du corps de Winch. Du jeune Winch, j’entends. Lorsque Nério a fait le saut de l’ange, elle est restée auprès du fils, Largo. Et elle le suit partout. Avec Nério ce n’était pas toujours elle qui s’occupait de sa sécurité rapprochée : il y avait une sorte de roulement au sein de leur équipe. Mais avec Largo, elle est toute seule. Toujours là, toujours présente. Et moi, je la vois presque tous les jours.

Et depuis lors, depuis ce jour d’automne il y a quatre ans, je sais pourquoi moi je viens au Groupe W, alors que j’aurais pu faire autre chose de ma vie.

Je viens pour la voir.

Je sais que c’est stérile, que c’est sans espoir. Ann m’a d’ailleurs souvent rabâché que je ferais mieux de laisser tomber, que je devrais me lancer dans l’aventure du Barreau au lieu de jouer les cinquièmes roues de carrosse auprès d’une femme hors de ma portée. Ann a raison, je le sais. Et ce soir si elle avait été là, c’est encore ce qu’elle m’aurait dit. Je le sais aussi.

Mais moi, j’ai besoin de la voir. Joy Arden. Rien que son nom me fait frissonner. J’ai besoin de la voir. Je ne peux pas m’empêcher de revenir, comme un papillon de nuit auprès d’une lampe. Il sait qu’approcher de la lumière va lui être fatal, et pourtant il virevolte autour, sans fin ; jusqu’à ce que ses ailes brûlent et qu’il meure. Il est attiré malgré tout, c’est plus fort que lui.

Je suis un peu pareil. Je sais qu’elle n’est pas pour moi, et pourtant je reviens toujours.
Je suis raide dingue de cette femme.
Elle est ma lumière à moi.

Mais ce soir, il y a deux heures, tout a basculé. Je sais maintenant que même dans mes rêves les plus fous, elle ne sera jamais pour moi.

Ce soir, je viens de découvrir qu’elle a une liaison avec Winch. Ça a l’air tout récent d’ailleurs. Quelques jours tout au plus. A moins que ça n’ait commencé ce soir même ? En tout cas, il n’y a aucun doute. Et avec Winch, ce n’est sûrement pas un simple flirt. C’est que depuis le temps que je la connais, j’ai eu tout le loisir de l’observer, discrètement, à la dérobée. J’ai surpris les regards qu’elle lui lance quand il a le dos tourné, j’ai entendu les imperceptibles soupirs d’agacement qu’elle laisse inconsciemment filtrer lorsqu’il ramène une fille. Je sais qu’elle l’aime.

Pour la première fois depuis que je l’ai rencontrée, je suis totalement désemparé. Jusqu’à présent je pouvais rêver, me dire que comme elle n’aurait jamais Winch, peut-être qu’un jour elle et moi… Mais là maintenant je sais que c’est bien fini. Il faut revenir dans le monde de la réalité. Et c’est affreusement difficile.

Bon sang Ann, pourquoi est-ce que tu n’es pas là ????

Je ne sais pas quoi faire. J’aurais tellement eu besoin d’en parler avec elle… Avec Ann, mais aussi avec elle, Joy. J’aurais voulu lui dire ce qui me ronge depuis toutes ces années, lui dire que tous les soirs je me vois perdu entre ses bras, que chaque nuit je rêve d’elle. Mais soyons lucide : je n’en aurais pas eu le courage, de toute façon. Parce que je n’aurais pas accepté un refus de sa part. Je l’aime trop pour accepter qu’elle me dise ‘non’. Alors j’ai préféré ne pas savoir et me bercer d’illusions que je savais pourtant infondées. Une sorte de délire. Façon Lamartine : ‘un songe sans réveil, une nuit sans aurore, un feu sans aliments qui brûle et se dévore…’

Je suis un peu perdu. Enfin non, c’est faux. Je suis TOTALEMENT perdu, dans le noir le plus complet. Dévasté par ma découverte de la soirée. Je devrais sans doute démissionner ? Je pourrais peut-être demander à Winch un piston pour trouver une collaboration dans un Cabinet d’avocats… Il serait surpris, c’est sûr ! Découvrir que ce bon vieux Charlie a un diplôme…

Et elle… elle… Je ne veux plus la revoir. Enfin si, je le veux. Mais je ne le dois pas. Il ne faut pas que je la revoie, je le sais. Mais j’en suis incapable. Je l’aime. C’est pour ça que je reviendrai quand même travailler au Groupe W. Parce que je l’aime. Envers et contre tout. Un amour destructeur, en somme. Je dois m’éloigner d’elle…

Mais je ne pourrais pas me passer d’elle. Rien qu’en y pensant, je devine bien le sourire idiot qui doit se dessiner sur mon visage à cet instant. Car je revois tout : sa démarche, son sourire, ses coups d’œil taquins, son regard résigné aussi, parfois. Je me souviens de tellement de choses que l’on a vécues ensemble !

Oui oui, je sais. On n’a rien vécu ensemble, elle et moi. C’est sûr. Et pourtant… Tiens par exemple, je me souviens encore de son anniversaire. Winch m’avait demandé de remplir la partie arrière de la voiture avec des ballons de baudruche. Je me souviens de son rire éclatant, quand elle a ouvert la portière. Elle était radieuse. Et moi j’étais fou de joie de la voir comme ça. J’aurais tout donné pour que son rire ne s’arrête jamais. Pour qu’elle lève les yeux vers moi.

Alors non. Quoi qu’on puisse en dire, quoi que tu diras Ann, j’ai des souvenirs avec elle.

Souvent nous sommes restés en tête à tête, elle et moi. Elle vient me voir régulièrement, deux ou trois fois par semaine quand ils sont à New York. Elle m’explique l’itinéraire le plus approprié étant donné les risques qui pèsent sur Winch ; elle me rappelle les comportements que je dois avoir s’il y a une attaque ; elle répète patiemment des consignes de sécurité que je connais par cœur...

J’adore quand elle fait ça. Elle est super sérieuse, concentrée, avec un petit froncement de sourcil. Elle ne se rend pas compte de ce que je ne l’écoute pas vraiment ; elle est inconsciente de la fascination qu’elle exerce sur moi. Dans ces moments là, elle a un petit air très docte qui me fait fondre totalement. Le nombre de fois où j’ai eu envie de la serrer dans mes bras, de l’embrasser goulûment, de lui faire l’amour là, sur la table…

Je l’aime.
Du fin fond de mes tripes.
Mais elle n’est pas pour moi.
C’est Winch qui l’a eue.

Ce soir, j’ai découvert leur liaison. Rien que d’y penser, j’en ai encore des frissons.

Il y avait un dîner de gala pour je ne sais quelle œuvre de charité. Un truc qui n’avait pas l’air d’emballer Winch, d’ailleurs. Ovronnaz était de la partie, lui aussi. Et bien sûr elle était là. Très jolie robe fourreau dans des couleurs sombres, au demeurant...

Passons.

Comme d’habitude dans ces cas là, je les ai déposés devant l’entrée principale et je suis allé garer la limousine un peu plus loin en double file. Pas de parking prévu, évidemment. C’est souvent le problème, dans les dîners de gala. Les chauffeurs restent donc dans leur voiture ou tout au moins à proximité, de façon à pouvoir la déplacer en cas de besoin.

Moi, je me suis confortablement calé sur le siège arrière, un CD en sourdine pour m’accompagner. Héritage d’une vieille habitude, j’avais prévu de la lecture : ‘Théorie de la Justice’, de John Rawls. Ben oui : même si je n’exerce pas mon job d’avocat, je continue de m’intéresser au droit. Enfin là ce serait d’ailleurs plutôt à la philosophie du droit.

Bref. Cela étant, je ne suis pas arrivé à me concentrer sur les méandres intellectuels de la pensée de Rawls. En filigrane au milieu des lignes du bouquin, je voyais danser la silhouette de Joy. J’ai fini par fermer les yeux, rêvant à elle. Comme d’habitude, là encore. Et dans mon rêve, elle était toute à moi…

Un peu après une heure du matin, j’ai été prévenu qu’ils sortaient. Tous les deux. Enfin tous les quatre, devrais-je dire. Mais Ovronnaz était avec une autre femme, une grande blonde qu’il a suivie vers une autre voiture. Très classique : Ovronnaz ne rentre avec nous qu’une fois sur deux. Ainsi, seuls Joy et Winch se sont dirigés vers moi. Enfin plutôt vers la limousine.

C’est là que j’aurais dû comprendre. Mais comme un imbécile, je n’ai pas vu tout de suite. Et pourtant le faisceau d’indices était plus que concordant. D’abord ils avaient l’air radieux, tous les deux. Ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille, parce que Winch n’est pas un fan de ce genre de sortie. En général il revient en maugréant, et elle n’a pas l’air plus enthousiasmée que lui. Mais là ils souriaient tous les deux. Un petit sourire discret certes, mais indéniable. Et puis autre indice, il avait sa main dans son dos. Dans son dos à elle.

Mais je n’ai pas compris. Winch est souvent un peu ambigu, avec elle. Alors je n’ai rien vu. Ou je n’ai rien voulu voir, peut-être.

Mais durant le trajet, je n’ai pas eu d’autre choix que de comprendre. Les limousines sont de grosses voitures, très lourdes, et parfaitement séparées entre l’avant et l’arrière. C’est l’avantage. J’ai passé des heures et des heures à conduire, écoutant tranquillement de la musique tandis que l’un des Winch, Nério ou Largo, traitait à l’arrière des affaires dont j’ignorais tout. Là, c’était un peu pareil. Je les savais tous les deux à l’arrière, et j’écoutais tranquillement le dernier album de RadioHead. Encore dans mes songes, je conduisais en m’imaginant la serrer dans mes bras et lui murmurer des mots tendres, ‘A wolf at the door’ dans les oreilles…

Mais il y a eu un léger à-coup dans le volant. Puis un deuxième. Un troisième. Au début je me suis demandé ce qui se passait. La voiture répondait trop bien pour que ce soit un pneu éclaté. Alors j’ai regardé dans le rétroviseur : rien. Nous étions seuls sur la route. Et pourtant le volant continuait à trembloter par intermittence. Comme si la voiture était secouée…

J’ai eu une sueur froide. Un doute affreux. J’ai coupé la musique et tendu l’oreille. Avec le bruit du moteur je n’entendais pas grand-chose. Pourtant j’ai perçu, ou tout au moins j’ai cru percevoir, des soupirs étouffés. Et ces à-coups… Aucun doute possible. Même si j’ai d’abord refusé de le comprendre, il a bien fallu que je finisse par l’admettre. Elle faisait l’amour, là, à un mètre de moi. J’en ai été bouleversé. Comme un raz-de-marée qui me serait passé dessus.

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MessageSujet: Re: Un amour san espoir par Cibard   Lun 1 Mai - 17:52

J’ai conduit jusqu’au Groupe W sans vraiment me rendre compte de ce que je faisais. Je les ai laissés dans le parking mais je ne suis pas sorti de la voiture, pas tant qu’ils n’avaient pas regagné l’ascenseur. Je n’aurais pas pu croiser son regard. J’ai eu le sentiment qu’elle m’avait trahi. Oui je sais, il n’y avait rien à trahir. Et pourtant c’est le sentiment que j’ai eu.

J’ai fini par m’extraire de la voiture. J’étais totalement vidé, anéanti. Mon esprit ne cessait de repasser en boucle l’image de leurs deux corps enlacés. Je les imaginais affreusement bien. J’ai longuement regardé la portière arrière, mais je n’ai pas osé l’ouvrir. C’eut été au-dessus de mes forces.

Je suis rentré chez moi, un peu absent – pour ne pas dire totalement catatonique. J’ai eu envie de me confier, de raconter tout ça à Ann. Et j’ai pris ce cahier comme succédané. Mais ça ne suffit pas. Je crois que je vais encore essayer de la joindre sur son portable, même si je sais que ça ne servira à rien. A moins que j’essaie de savoir par sa meilleure copine où elle passe la nuit ?... Non. Je ne me vois pas très bien appeler chez un type que je ne connais pas et qui est en train de s’envoyer en l’air avec ma sœur, pour lui demander de me la passer au téléphone parce que j’ai un coup de déprime…

Et puis je connais déjà le conseil que me donnera Ann, quand elle me rappellera tout à l’heure. Parce que je la connais : elle va me rappeler, forcément. Dès qu’elle rallumera son portable, elle va me rappeler. Et elle me dira de laisser tomber Joy Arden et mes fantasmes, elle me dira d’affronter la réalité. Avec ce ton sec qu’elle peut avoir parfois, elle m’ordonnera de trouver tout de suite une collaboration, si possible très loin de New York. Et elle aura raison. Ann a toujours raison, de toute façon. Il faut que je quitte le Groupe W. Il le faut.

Mais je ne sais pas si je pourrais me passer d’elle. Ne plus la voir, ne plus la frôler innocemment quand elle vient me voir, quand je tiens sa portière. Ne plus sentir son parfum…

Mais d’un autre côté pourrais-je un jour rouvrir cette satanée portière arrière ? Saurais-je un jour affronter cette banquette sur laquelle il l’a prise ? Je n’en ai pas été capable tout à l’heure. Et pourtant ça fait partie de mon job : m’assurer que tout va bien, que tout est en ordre.

Tout ce que j’espère, c’est qu’il saura en prendre soin, qu’il saura la rendre heureuse. Je me méfie un peu de Winch : la stabilité n’est pas son fort, en la matière. Et elle mérite mieux qu’une passade. Si seulement elle m’avait vu, moi…

Il est presque cinq heures du matin, maintenant. Je n’ai pas envie de dormir. Je crois que je vais la rédiger, cette fichue lettre de démission. Joy ne sera jamais à moi. Je n’ai plus de raison de rester là-bas. Et puis je ne supporterai pas de la voir entre les bras d’un autre, je le sais. Pas en sachant que pour elle au moins, c’est plus qu’une liaison passagère.

Je ne retournerai pas au Groupe W.
Je n’ai plus aucune raison d’y retourner.
Merci, Ann. Même absente tu vois, j’ai entendu tes conseils.
Et tu avais raison : elle n’est pas pour moi.

Mais je l’aime.
Je l’aime.
Je l’aime.
Je l’aime.
Je t’aime, Joy.
Je te l’écrirai peut-être un jour, quand je serai avocat, très loin d’ici.
Ce bon vieux Charlie te le dira.
Un jour.
Trop tard.

FIN…


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